PORTRAIT DU MOIS: Un paysan au service de la Filière – Jean-Louis OLIVIER , producteur enthousiaste de fraises en Dordogne

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Jean-Louis OLIVIER est un membre actif du réseau Propulso. Producteur de fraises en Dordogne, il aime à partager sa passion pour la filière des fruits et légumes et son enthousiasme pour son métier. Propulso est allé à sa rencontre.

 

Jean-Louis OLIVIER, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Mon parcours scolaire s’est achevé en 1979 à Périgueux, par une contre-performance aux épreuves du brevet de technicien agricole. Rien d’intéressant à dire sinon qu’un cursus par alternance aurait été préférable, non pas que le diplôme y soit plus facile à obtenir, idée reçue assez répandue à l’époque, mais tout simplement parce que l’enfermement continu dans des salles de classe n’est pas bon pour les gens habitués à vivre dehors, et pour les autres non plus d’ailleurs !

Avec mon frère ainé nous créons le GAEC des OLIVIER en 1988, qui donne un cadre juridique à l’exploitation familiale et enfin un statut digne à notre maman, dotée d’une capacité de travail hors normes ! En plus d’un petit engagement syndical aux Jeunes Agriculteurs, je me dévoue pour prendre la relève de son mandat d’administratrice de la coopérative Valcodor à Port Ste Foy. (Cette structure avait permis à mes parents comme à bien d’autres agriculteurs de se lancer dans la production de fraises, en 1969 !)

Au début des années 1990 la coopérative va très mal, les réunions se multiplient, certaines sont houleuses, mais j’ai mis le doigt dans l’engrenage ! Certains disent que c’est le moment où il aurait mieux valu se casser une jambe en guise d’excuse pour ne pas y aller !

Très vite une fusion s’opère avec la coop des Bitarelles, j’en deviens le Président au bout de quelques saisons de fraises, ce qui déclenche une avalanche de représentations aux Conseils d’administration de Felcoop, Interfel, Oniflhor, et les mandats de Président au Ciref, et, le plus accaparant, celui de la Section Nationale fraise.

A moins de prétendre en faire un métier, ce genre d’aventure ne doit pas perdurer, les alertes de santé et votre proche entourage le rappellent assez vite. Sans fausse modestie, je suis incapable de dire si ces années rendues intenses par le cumul avec le travail ont vraiment été utiles aux producteurs de la filière fruits et légumes. L’amertume des échecs ne me quitte pas.

Au fond je crois qu’aucun soldat n’est fier de ses faits de guerre, mais caresse l’espoir d’avoir un peu servi la paix.

 

Vous avez donc repris avec votre frère l’exploitation familiale, pouvez-vous nous en dire plus sur cette entreprise et sur votre évolution au sein de cette structure ?

De 1988 à 2008 l’activité du GAEC était, et est toujours, axée sur la vente directe (c’est-à-dire au client qui ne récupère pas la TVA !) : Oies et canards gras, conserves, châtaignes. Les fraises et les vaches limousines sont commercialisées pour partie par des coopératives.

Quelques années plus tard, je cède mes parts sociales à mon neveu et à ma nièce, nouveaux associés qui deviennent agriculteurs à leur tour. Je me porte alors acquéreur des parts sociales que ma belle-mère détenait à l’EARL des Martinies à 70 km de là, rejoignant ainsi au travail de manière formelle, mon épouse Nicole, la gérante !

LES MARTINIESUne deuxième installation, peut-on dire, mais sur une exploitation au profil très différent dont le seul point commun est qu’il s’agit d’une propriété familiale. L’activité est basée à 99% autour de la production de fraises, qui occupe donc les deux associés Nicole et moi-même, un employé permanent et environ 12 employé(e)s temporaires résidant(e)s des communes environnantes.

Si nous mettions bout à bout les rangées de fraisiers de nos 14 parcelles en prenant par exemple la direction de Marmande, nous pourrions presque atteindre Bergerac, environ 25 km, ce qui n’est pas énorme mais correspond au volume de fraises produites que nous pouvons vendre nous-mêmes à une clientèle de détaillants dans un rayon de 150 km, sans recours systématique aux services d’une entreprise d’expédition.

Ce fonctionnement démarré depuis plus 10 ans grâce à Nicole, bien qu’à priori en contradiction avec le sacro-saint esprit collectif des engagements de ma jeunesse, est avant tout rémunérateur !  Il est aussi et surtout motivant, enthousiasmant, par la lecture directe du retour de l’effort, sans passer par des cases « péage » prétendues incontournables. Le collectif tel que je l’ai vécu, de très près en Dordogne, dans ses phases d’errement, peut aussi broyer les forces de l’individualité, jusqu’à s’autodétruire pour renaître sans doute le moment venu, l’avenir le dira…

Légende photo: photographie du GAEC des Martinies

Vous êtes engagé dans le Ciref, entreprise ressource du réseau Propulso, pouvez-vous nous présenter cette structure, ses missions et les responsabilités que vous avez au sein du Ciref. Pourquoi cet engagement est-il important pour vous ?reseau-ciref

J’étais présent en 1988 à la réunion co-présidée par Georges Chaveroux pour le Ciref (association alors chargée d’expérimentation fraise) et Noël Grego pour la Section Nationale fraise, où s’est décidé la mise en place du programme de création variétale piloté par les producteurs de fraises pour prendre le relais de celui de l’INRA stoppé par les pouvoirs publics.

Entre temps, l’activité d’expérimentation fraise s’est associée au travers d’INVENIO, grâce à l’énergie du président Vincent Schieber, à celle des autres espèces fruits et légumes de l’Aquitaine, du Limousin et des Charentes, bien loin d’imaginer que la région Nouvelle Aquitaine verrait le jour quelques années plus tard. Un temps d’avance… ?

DSCN0279V2Le Ciref est une petite structure, un peu comme une CUMA où l’outil et les charges sont mutualisés entre les adhérents qui ne peuvent pas raisonnablement en supporter le poids, et qui ne trouvent pas entière satisfaction par l’offre actuelle du marché de l’obtention variétale.

Ce modèle est unique en France et en Europe, peut-être au monde… en être adhérent est un plus, en être élu Président par ses pairs, pour qui n’aime pas les choses qui sortent du même  moule, c’est presque que du bonheur! Et je ne peux pas passer sous silence la longue et solide collaboration, sans failles, avec Pierre Gaillard! Rencontrer des gens comme cela est indispensable pour dégager les bonnes idées des mauvaises, et surtout passer à la phase réalisation.

Légende photo: Jean-Louis Olivier ( à gauche) et Pierre Gaillard directeur du Ciref (à droite)

L’année 2016 a été marquée par une réorganisation du Ciref. Pouvez-vous nous présenter les raisons qui ont poussé le Ciref à engager ces changements, en quoi consistent-ils et quels impacts auront-ils auprès des professionnels de la fraise ?

Le Ciref n’est pas en crise, il pourrait encore continuer son chemin à petite allure, balloté par des critiques fondées et d’autres beaucoup moins, pendant encore une bonne décennie, mais au bout du chemin, il n’y aurait plus que le défaut d’anticipation à constater, à l’unanimité, et l’extinction serait inévitable.

Le Conseil d’Administration, puis l’Assemblée Générale ont choisi une orientation en rupture avec les schémas connus de diffusion des variétés nouvelles. Les adhérents, producteurs, organisations de producteurs, entreprises de commercialisation de fraises, multiplicateurs non-obtenteurs ont validé le choix de participer beaucoup plus activement à la création et sélection de variétés sur des critères préalablement discutés, par une concentration de moyens techniques et financiers accrus sur des objectifs mieux ciblés, avec des partenariats choisis et non subis, bâtis sur l’engagement et une volonté d’aboutir partagés.

La formule du consortium, en nombre qu’il conviendra d’établir selon besoin, nous semble être la plus adaptée pour aller dans ce sens. Seul l’avenir peut dire si nous avons tort ou raison, la partition est écrite, l’encre à peine sèche, tous les interprètes potentiels ne se sont pas encore manifestés, ceux qui sont en place s’échauffent… au-delà du but précis recherché, c’est à dire des variétés fiables, la volonté de contribuer à une organisation économique nationale pertinente, fédératrice est omniprésente !

Le temps qu’il nous faut pour déceler un premier intérêt sur un croisement parmi les milliers opérés, environ 3 ans, doit être mis à profit pour expliquer et comprendre le rôle central de chaque adhérent, perfectionner les dispositifs d’évaluation, affuter les solutions d’accompagnement commercial gagnantes.

En tant que Président du Ciref et surtout en tant que producteur de fraises quelles sont, selon vous, les priorités de développement de la filière fraise en Nouvelle Aquitaine ?

Nous serions bien inspirés de profiter de la bonne vague sur laquelle les fraises et petits fruits rouges surfent aujourd’hui. C’est le moment de se hisser aux bonnes places sur les marchés français et européens, d’allonger significativement les rangées de fraisiers, d’assurer par le progrès technique les qualités dans la barquette, pour asseoir visibilité et crédibilité !

Le réveil de l’investissement laisse entendre clairement la prise de conscience des opportunités à court et moyen terme, par ceux qui voient le travail à faire. Il va falloir très vite encore plus de bras vaillants et de têtes bien faites !

De mon point de vue, tout ce qui relève de l’humain, formation initiale et continue, attractivité du métier, motivation des nouveaux arrivants,… est LE chantier prioritaire ! Je mets beaucoup d’espoir sur le parcours diplômant d’ingénieur par l’apprentissage, si j’avais 35 ans de moins je le tenterais. Je pense également que nous devrions étoffer le dispositif d’accueil dans notre filière, c’est d’intérêt public, et le bénévolat ne suffira pas…

Faire en sorte qu’il n’y ait pas de doublons, de déperdition des énergies et des moyens disponibles, est un sacré challenge pour les membres qui se retrouvent dans le réseau Propulso !

La Région s’est agrandie pour former la Nouvelle Aquitaine. Ce bouleversement territorial a et aura des impacts sur les activités agricoles. Avez-vous des attentes particulières concernant la structuration de la filière fruits & légumes à l’échelle de la Nouvelle Aquitaine ?

Je n’attends pas, je milite à ma manière pour que l’agriculture soit considérée par la nouvelle assemblée régionale comme un secteur socio-économique à part entière, et pas seulement comme un décor pour destination touristique !